Crochemar-Galou Vladimir

Artiste plasticien contemporain

Fiche de l’artiste

#septembre 2026, Pointe-à-Pitre

Visite de l’atelier de Vladimir Crochemar-Galou

La Place de La Victoire s’éveille doucement. Les façades du côté est retiennent encore l’ombre du matin, tandis que l’autre moitié de la place baigne déjà dans une lumière éclatante sous un ciel d’un bleu limpide. C’est dans cette atmosphère paisible que je me rends chez Vladimir, plus connu sous son nom d’artiste, Vlad/Vladox.

Atelier de Vladimir – Crédit : David GREGOIRE

Son atelier occupe le rez-de-chaussée d’une maison située à l’angle de la place et de la rue Victor Hugo. Le lieu possède une histoire singulière : cette demeure fut autrefois la maison d’enfance du célèbre architecte guadeloupéen Jack Berthelot. Aujourd’hui, les murs résonnent d’une autre forme de création.

À peine franchi le seuil, le regard est happé par les tableaux qui couvrent chaque pan de mur. Les huiles dominent largement, médium de prédilection de l’artiste, auxquelles se mêlent quelques œuvres réalisées à l’acrylique. L’atelier est vivant, dense, habité par les couleurs, les formes et les visages.


Un des murs de l’atelier de Vladimir – Crédit : David GREGOIRE

Vladox s’assoit devant une grande toile installée à côté d’un format plus petit. Il m’explique qu’il s’agit d’une œuvre collaborative réalisée avec l’artiste Maison Club : une moitié est peinte à l’huile par ses soins, l’autre à l’acrylique par son acolyte. Deux techniques, deux sensibilités, réunies sur une même composition.


Vladimir devant un de ses toiles – Crédit : David GREGOIRE

Notre conversation glisse naturellement vers la peinture à l’huile. Il évoque avec passion les superpositions de couches, la lenteur du séchage qui oblige à la patience, les mélanges subtils qui donnent profondeur et matière. Les notions d’opacité, de transparence et d’ombres prennent corps lorsqu’il me montre comment le sépia vient modeler les volumes. Avant même d’esquisser ses personnages, il applique souvent une sous-couche rouge : une préparation qui, selon lui, fait vibrer les carnations et donne davantage de vie à la peau. Il existe, me confie-t-il, plusieurs façons de préparer une toile afin de « vivifier » certaines parties de la composition.

Au fil de la visite, il me présente une série de portraits, d’autoportraits, de figures plus largement figuratives et de scènes de vie. Un thème revient avec insistance : Pointe-à-Pitre et sa baie. L’artiste possède une embarcation avec laquelle il part régulièrement pêcher. Ces sorties en mer deviennent une réserve de souvenirs qu’il transforme ensuite en peinture. L’un de ses autoportraits le représente ainsi seul sur son bateau, au cœur de la baie, entre mémoire et imagination.

L’atelier ne vit pourtant pas en vase clos. Les portes restent ouvertes sur la Place de La Victoire, et des passants ralentissent spontanément. Certains s’arrêtent pour observer les œuvres, d’autres entrent simplement pour échanger quelques mots avec l’artiste. Cette proximité fait de l’atelier un véritable lieu de rencontre, où le voisinage accède librement à la création contemporaine et, plus largement, aux arts plastiques.


Atelier de Vladimir – Crédit : David GREGOIRE

Sur le comptoir, un objet attire mon attention : le piètement en fonte d’une ancienne machine à coudre Singer. Entièrement repeint d’un élégant coloris aubergine mat à la peinture en spray, il ne ressemble plus au mobilier que l’on connaît. Vladox m’explique qu’il s’agit d’une commande, preuve que son travail dépasse la toile pour investir les objets du quotidien.

Piètement en fonte d’une machine Singer en cours de traitement – Crédit : David GREGOIRE

La discussion reprend autour de la transmission. L’artiste organise ponctuellement des ateliers de sensibilisation à la peinture et encourage les participants à exposer chacun cinq de leurs œuvres. L’idée n’est pas de juger, mais de confronter les toiles au regard du public, d’apprendre à recevoir des avis et à nourrir sa pratique de cette rencontre avec les autres.

Nous abordons enfin la restauration de tableaux. Vladox me parle d’une restauratrice qu’il connaît, spécialisée dans les peintures à l’huile, qu’elle retouche minutieusement à l’aide de fines touches d’acrylique afin de redonner leur lisibilité aux œuvres anciennes.

En quittant l’atelier, une impression demeure : ici, la création naît autant du geste du peintre que de son environnement. La place, les habitants, les conversations improvisées, les regards des visiteurs et les paysages de la baie composent un écosystème fertile où chaque échange devient une source d’inspiration. L’atelier de Vladox apparaît ainsi comme un espace ouvert, où l’art se construit dans un dialogue permanent avec la ville et ceux qui la traversent.


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